Cela fait bien longtemps que les lignes ne s'étaient pas remplies. Cela semble une éternité pour moi, et pourtant, c'est loin de l'être. Quelques mois, tout au plus, où tant de choses me sont arrivées.
Que vous dire de ce qu'il se passa depuis mon dernier souffle ? Il y aurait tant à dire, tant à exprimer alors, car durant ce temps d'absence, loin de m'enfoncer plus profondément dans les abysses, je fus remonté à la surface par une bouffée d'air nouveau, inédite, inégalable. Je fus remonté à la surface avec une telle rapidité qu'à y repenser, il m'arrive d'avoir un vertige. J'ai réouvert les yeux, et découvert en même temps la beauté, la pureté du ciel, au point d'être envoûté par ses caresses sur mon visage, ses mains pleines de chaleurs et de voluptés. M'insufflant ce qui me manqua tant d'années, ce qui était indispensable, ce qui était plus vital encore que tout ce que j'avais cru l'être, cette bouffée d'air redonna à cette vie en apnée un sens, rien que par sa présence en moi. La vie existait finalement grâce à cet oxygène. Mon oxygène.
Pourtant, aujourd'hui, tout semble loin. Rien ne m'avait préparé à remonter à la surface, et rien ne m'avait préparé à être laissé là, abandonné, esseulé. J'avais pu reprendre amplement mon souffle, sentir à nouveau la douceur et la chaleur emplir mes poumons, mais le vide qui s'en suivit me glaça plus encore que l'eau qui m'entourait doucement. Je crus que mon oxygène resterait pour toujours, veillant sur moi avec douceur, me donnant une raison de rester à la surface de l'eau, de respirer à plein poumon, de vivre. Mais, soudainement, tout bascula, mon corps s'en vida. Je ne l'avais pas remarqué, mais peu à peu, par une faille invisible à mes yeux, je m'en vidais. Jusqu'à ce que, dans une dernière inspiration, je tente de retenir mon souffle, pour finalement admettre qu'il n'y avait plus d'espoir, expirant comme un son d'agonie.
À présent, comme par le passé, je me laisse couler, doucement, inerte et imperturbable, et je sens que je tombe plus vite encore qu'avant d'avoir vu le ciel. La tête en arrière, les yeux fermés, je ne cherche plus à me battre, je tente de retrouver le réconfort qui m'avait bercé pendant un temps, alors qu'il n'y avait rien pour me faire remonter. Je ne respire plus, je ne veux pas respirer. Pourquoi cela ? Certains affirment qu'on ne peut rester bien longtemps en apnée, qu'à la fin on étouffe au point de vouloir s'achever d'une manière moins douloureuse, ou au point de se satisfaire de ce qu'il y a à proximité. Dans mon cas, il ne s'agit pas d'un caprice, mais d'un manque évident : je ne peux plus respirer autre chose que mon oxygène. Ma source de vie, mon élixir, ma force, rien ne pourra remplacer, compenser même le quart du vide que mon oxygène à laisser en moi.
Lorsqu'à l'époque où le souffle me manqua, je m'arrivais de me dire : "Je voudrais respirer à nouveau."
Aujourd'hui, peu importe ce qu'on me dit, je sais que rien n'a de sens sans elle.
Car on ne devrait jamais rien regretter... - Anonymous